Elodie Dugué-Lafay Naturopathe Psychologue

à Roquebillière et à domicile

Respecter la physiologie de l’accouchement

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Qu’est-ce qu’un accouchement physiologique ?

Un accouchement est dit physiologique lorsqu’on ne contrarie aucun de ses processus naturels, lorsqu’on laisse tout simplement chaque étape se faire sans intervenir. Rare de nos jours, il est surtout expérimenté lors d’accouchement à domicile, car il implique de n’avoir recours ni à la péridurale, ni à l’injection d’ocytocine de synthèse, ni à l’utilisation de forceps, ni à l’épisiotomie,… Ces techniques peuvent évidemment se révéler d’une grande utilité lorsqu’il y a un réel besoin, lorsqu’il y a un problème. Mais sinon, la femme a tout ce qu’il faut en elle pour donner naissance seule à son bébé et au placenta qui vient avec.

Depuis que le monde est monde, les femmes accouchent et les bébés naissent.

Karine Langlois, sage-femme québécoise spécialiste des accouchement physiologiques, explique sur son blog Quantik Mama et dans ses préparations virtuelles à la naissance que si on ramène l’histoire de l’humanité sur 24h, la médicalisation de l’accouchement ne représente que 30 secondes. Pendant 23h59min30s., les femmes ont accouché sans médicalisation et l’humanité a survécu.

Car la femme n’a en réalité besoin de rien. Son corps sait faire. L’utérus sait se contracter pour faire sortir bébé, le col sait s’ouvrir pour le laisser passer, le corps sait pousser seul pour le faire finir son voyage. De son côté, le bébé sait trouver son chemin.

Qui orchestre tout cela ? Pas le médecin, pas la sage-femme, mais les hormones de la femme.

La principale est l’ocytocine. C’est l’hormone de l’amour, permettant les contractions, la lactation, et qui est aussi impliquée dans l’orgasme, l’empathie, l’attachement. Son antagoniste est l’adrénaline, responsable du stress et de la peur. L’adrénaline peut venir se fixer sur les mêmes récepteurs que ceux de l’ocytocine et ainsi, en les saturant, bloquer l’avancée d’un accouchement (Karine l’explique très bien dans sa préparation virtuelle à l’accouchement). Ce qui est très utile ! Si on est en danger, l’accouchement doit pouvoir s’arrêter le temps de se mettre en sécurité. Mais de nos jours, on est plus souvent stressé qu’en danger, ce qui devient problématique pour qu’un accouchement se déroule harmonieusement. Michel Odent, obstétricien spécialiste de la physiologie de l’accouchement, explique ainsi que pour favoriser un accouchement « naturel », la femme doit se sentir en sécurité. Pour favoriser l’ocytocine et éloigner l’adrénaline, il conseille un environnement calme, relaxant, avec très peu d’accompagnant (et surtout des accompagnants de confiance), sans observation, avec de la chaleur, une lumière tamisée, du silence.

Un accouchement est donc orchestrée par les hormones (ocytocine et adrénaline comme on vient de voir, mais aussi endorphine et prolactine comme on le verra plus loin). Celles-ci sont produites dans l’hypothalamus et l’hypophyse, qui font partie du cerveau primitif, reptilien. L’accouchement est dirigé par celui-ci et non par le cortex, qui lui doit se mettre en mode « off » pour que le processus de déroule au mieux. Quand elle accouche, la femme redevient un animal. Si on la laisse faire, elle devient instinctive, prend des positions primitives, se coupe du monde extérieur, peut se mettre à faire des sons « bizarres », voire à pousser des cris sauvages. Michel Odent explique que pour mettre le néocortex (dont l’accouchement n’est pas son affaire) au repos, il ne faut pas qu’il soit stimulé par des paroles compliquées (des questions demandant une réflexion par exemple), par une lumière vive ou par des photos, films ou un monitoring en continu.

Pour Michel Odent, un accouchement physiologique est finalement ce qui est ce qui est universel, que l’on retrouve dans tous les accouchements qui se déroulent sans problème. Il le différencie d’un accouchement « normal » qui peut être différent selon la culture (en Afrique, un accouchement « normal » est différent d’un accouchement « normal » en France, mais ne sera pas forcément plus physiologique à cause de certains rituels qui peuvent gêner la physiologie) ou selon le paradigme (pour certains gynécologues, un accouchement « normal » peut être un accouchement sans césarienne, même s’il a eu recours à des forceps et une épisiotomie). Un accouchement physiologique, lui, est celui dans lequel la femme et son bébé sont libres d’avancer à leur rythme, rythme dicté par les hormones et les mouvements de leurs deux corps.

 

Qu’est-ce qui fait peur dans un accouchement physiologique ?

De nos jours, on ne laisse pourtant plus à la femme et au bébé cette liberté. On veut accélérer le processus en injectant à la femme de l’ocytocine de synthèse pour augmenter les contractions et ainsi faire naître bébé plus rapidement, on branche la femme à un monitoring pour vérifier que tout va bien, on sort les ciseaux pour pratiquer une épisiotomie au cas où bébé aurait du mal à sortir, etc. Nous vivons dans un monde où tout doit être maîtrisé, anticipé, et accéléré. Même la naissance est touché par ces folies de l’homme.

Et on a aussi peur de la douleur, proposant systématiquement la péridurale à la femme, qui serait bien folle de préférer souffrir que l’accepter. Et pourtant…

La douleur

Julie Bonapace, spécialiste de la gestion non pharmacologique de la douleur et créatrice de la méthode Bonapace (préparation à l’accouchement), explique dans sa préparation virtuelle « Transcender la douleur » avec Karine Langlois quelles sont les composantes de la douleur :

  • une composante nociceptive : elle correspond à ce qui se passe dans le corps. En général, quand on a mal, c’est à cause d’une lésion, d’une déchirure. Lors d’un accouchement, ce qui « fait mal » est l’ouverture du col (ça tire dans le bas du ventre) et l’utérus qui se contracte pour faire sortir bébé. Ce n’est pas rien ! Le col passe en effet de 0 à 10cm, ce qui est assez énorme. Et le bébé, d’environ 3kg (voire bien plus), doit être poussé vers la sortie. Puis ce qui fera mal sera son passage à travers le périnée (mais cette étape est bien plus courte). Parfois, il s’ajoute une douleur supplémentaire due à un dysfonctionnement. Par exemple si l’utérus n’est pas équilibré et que bébé a du mal à descendre. Cette douleur peut être atténuée (en préparant son corps avec un ostéopathe avant l’accouchement, ou en pratiquant certaines positions – décrites par Julie et Karine dans leurs vidéos). Malgré tout, la douleur rapportée par les femmes est souvent bien plus forte que ne l’explique ces processus physiques, qui ne « devraient pas être si douloureux », si intenses.

  • une composante « intensité » : elle n’est donc pas expliquée que par la nociception. Elle va au-delà. Pourquoi ? Chaque femme peut trouver son propre sens à cette « douleur ». Mais on peut supposer qu’elle permet justement à la femme de se couper de son néocortex, en la plongeant dans ses sensations, dans son corps. Sans cela – si l’accouchement n’était qu’un tout petit peu douloureux – elle ne stopperait pas son quotidien et n’offrirait peut-être pas une atmosphère des plus accueillante à son bébé. Julie Bonapace explique également qu’en réponse à cette douleur, le corps sécrète une autre hormone : l’endorphine, qui permet à la femme de récupérer entre chaque contraction. Or, l’endorphine permet aussi la sécrétion de la prolactine, qui elle permet l’allaitement et l’attachement. Ainsi, sans douleur, pas d’endorphine, pas de prolactine, et un attachement et un allaitement qui peuvent être difficiles. C’est pour cette raison que pour Julie Bonapace, la péridurale ne devrait pas être systématique car peut avoir ces effets secondaires de réduire les endorphines. Karine la sage-femme explique de son côté pourquoi cela devient encore plus intense lors de la phase de désespérance, qu’elle appelle « le sommet » et qui correspond à la fin de l’ouverture du col, lorsqu’il passe à 10cm. A ce moment, la femme croit souvent qu’elle ne va plus y arriver, que c’est trop dur, qu’elle va mourir. Pour Karine, cette étape fractionne la femme. Si elle se laisse embarquer par cette nouvelle intensité, elle vivra une « mort quantique », lui permettant d’abandonner qui elle était pour devenir cette nouvelle femme, maintenant mère (ou le devenir à nouveau pour ce nouveau bébé). C’est parfois à ce moment, lorsque cela devient très difficile pour la femme, qu’elle demande la péridurale si elle ne l’a pas fait avant. Si l’équipe médical la lui donne, elle pourra parfois le regretter plus tard, avec un sentiment d’échec et sans avoir vécu cette fragmentation si utile à sa métamorphose. Diane Pico, avec qui j’ai pratiqué l’haptonomie, me disait que pour elle, la désespérance servait à finir de faire plonger la femme dans son corps, à abandonner son néocortex si cela n’avait pas été complètement fait avant. Elle oublie alors complètement le monde qui l’entoure pour n’être concentrée que sur son bébé qui va arriver.

 

  • une composante cognitive : c’est le sens qu’on donne à la douleur, si on « décide » (plutôt inconsciemment) de la juger comme agréable ou désagréable. Ce sens est influencé par notre vécu, notre entourage,… Par exemple, si on a toujours entendu notre mère dire que nous accoucher a été la plus grande douleur de sa vie, ou si on entend sans cesse autour de soi « ne t’inquiète pas, après on oublie » (sous-entendant que c’est tellement désagréable que ça mérite d’être oublié !), il est certain qu’on sera bien plus disposé à analyser nos sensations comme « douloureuses », « désagréables ». Ou si l’accouchement nous renvoie à des expériences douloureuses, traumatisantes, il peut être même source de souffrance. Mais d’une souffrance psychologique, que la péridurale ne pourra pas supprimer. Karine Langlois parle aussi de la souffrance qu’on peut ajouter en anticipant anxieusement chaque nouvelle contraction (« oh non, ça fait trop mal, ça va revenir, comment je vais faire ? ») au lieu de profiter de ces pauses pour récupérer et ainsi mieux appréhender la nouvelle contraction. On peut même décider de juger ces contractions comme « intenses » et non « douloureuses », de les accueillir comme nos amies, nos alliées. On peut même vivre un accouchement agréable, voir orgasmique. En effet, après un orgasme, l’utérus devient dur (on ne le ressent pas car il est – en dehors de la grossesse – trop petit, mais on peut s’en rendre compte lors d’un orgasme pendant sa grossesse, et celui-ci peut d’ailleurs déclencher des contractions en fin de grossesse), et cette sensation n’est pas si différente de celle de l’utérus qui se durcit pendant la contraction. Les sensations se rapprocheraient surtout de celles provoquées par un orgasme cervicale, d’après Julie et Karine. Il peut également y avoir une certaine excitation stimulée par l’appui du bébé contre le col (et du plaisir quand bébé passe dans le vagin). Et après tout, on retrouve les mêmes hormones dans l’orgasme et dans l’accouchement : l’ocytocine et des endorphines. Si concevoir et faire naître un bébé est assez similaire, pourquoi leur vécu ne le serait-il pas ?

  • une composante comportementale : c’est ce qu’on fait en réponse à cette « douleur », « sensation », « intensité ». Son intérêt est alors de pouvoir s’adapter. Si pour certaines femmes cela sera de prendre la péridurale pour supporter la douleur (parfois cela peut être utile si la douleur est vécue comme trop forte et empêche la femme d’enfanter). Pour d’autres, cela sera prendre les bonnes positions. En effet, dans un accouchement physiologique, la femme choisit souvent des positions qui soulagent sa douleur, et ces positions se révèlent être souvent celles qui aident le mieux le bébé à descendre (là encore, on peut remarquer que la péridurale empêchera cette adaptation, et obligera d’ailleurs même la femme à rester allongée sur le dos, ce qui est reconnu comme étant une des plus mauvaises positions pour bien engager bébé !). Des femmes choisissent aussi d’entrer dans l’eau (bain, piscine d’accouchement) pour être soulagées, ce qui aide souvent à la dilatation (par la détente qu’elle engendre dans tous les muscles et la production d’ocytocine stimulée par l’effet de relaxation et de chaleur). Elle peut aussi recevoir des compresses d’eau chaude, des massages, des encouragements, de la part de son (ou ses) accompagnant(s) (partenaire, sage-femme, doula,…) qui là encore favoriseront ocytocine, relaxation, intimité, confiance,… Les sons qu’elle produit pourront aussi l’aider, en plus de la libérer de son néocortex.

La douleur est-elle donc notre ennemie ou notre amie pendant l’accouchement ? 😉

L’hémorragie et autres complications

Pour la plupart des professionnels de la naissance, ce qui fait peur dans un accouchement physiologique, et ne les incite pas à aller dans son sens, ce sont les complications.

Pourtant, c’est justement lorsque la physiologie est respectée que le risque de complications est le plus faible.

Par exemple, on injecte systématiquement de l’ocytocine de synthèse lors de l’expulsion du bébé pour éviter les hémorragies lors de la délivrance du placenta. Cette méthode aurait fait ses preuves scientifiquement. Mais pour Michel Odent, une hémorragie est toujours la conséquence d’une interférence, d’une intervention. Dans sa pratique de l’accouchement physiologique (accouchement à domicile), il ne rencontre jamais d’hémorragie s’il n’y a eu aucune intervention. Julie Bonapace explique par exemple que lorsqu’on injecte de l’ocytocine de synthèse pendant le travail, cela diminue la sensibilité des récepteurs utérins à l’hormone naturelle de la femme, qui sera moins secrétée. Sans son ocytocine naturelle, l’utérus restera atone après l’accouchement, l’empêchant de se rétracter afin d’obstruer les vaisseaux sanguins, ce qui en fin de compte pourra engendrer une hémorragie.

Marie-Hélène Lahaye explique elle aussi cette complication due à une intervention, mais aussi les complications d’autres interventions médicales. Finalement, pour elle, ce serait ces interventions qui engendreraient des risques pour la mère et le bébé, et qui amèneraient donc à d’autres interventions pour contrôler ces risques. Ainsi, elle remet en question le « mythe de l’accouchement qui dérape en quelques secondes« . Lorsque l’on respecte la physiologie, les complications seraient donc rares, et finalement, un accouchement à domicile serait même plus sécuritaire, car non seulement il n’est pas plus dangereux (les études montrent qu’il n’y a pas plus de mortalité maternelle et infantile à domicile) mais il entraîne aussi moins d’hémorragies, moins d’épisiotomies, moins de déchirures, et un moindre besoin de réanimation foetale.

Bien sûr, la première condition pour qu’un accouchement puisse être physiologique est que la grossesse l’ait été. Ainsi, toute complication pendant la grossesse ou même avant (placenta praevia, hypertension, problème cardiaque chez la femme, malformation foetale,…) nécessitera une médicalisation de l’accouchement. Mais ces conditions ne sont pas la norme, et dans la grande majorité des cas, la médicalisation ne se justifie pas.

Si on ne peut pas accoucher chez soi (les sages-femmes proposant des AAD sont encore rares en France, et l’ANA n’est encore que rarement envisagé) ou que l’on ne se sent pas prêt (n’oublions pas que pour favoriser l’ocytocine, il faut se sentir en sécurité, et pour certaines cela implique d’avoir une équipe médicale sur place), on peut essayer de faire respecter le plus possible la physiologie, en choisissant une maison de naissance, une salle physiologique, et surtout en rédigeant un projet de naissance.

Bibliographie :

+ Pour aller plus loin : Article très intéressant d’Alternative Santé avec Michel Odent sur les effets à long terme des modes de naissance

Auteur : Elodie Naturopathe Psychologue

Psychologue clinicienne depuis octobre 2011 et naturopathe depuis janvier 2020, je propose mes services à Roquebillière où je vis, ainsi qu’à domicile dans la Vésubie et à Nice et ses environs. Mon approche alliant naturopathie et psychologie permet d’aider chacun dans sa globalité, en prenant en compte à la fois le corps et le mental. Parce que les deux sont indissociables et que le bien-être total ne peut que passer par un équilibre du corps physique, émotionnel et spirituel.

Une réflexion sur “Respecter la physiologie de l’accouchement

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