Elodie Lafay psychologue

au Centre Thérapeutique de Nice


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La Randonnée Thérapeutique

Tout le monde connaît la randonnée, cette activité qui a toujours plus de succès. Wikipédia dit qu’elle est « une activité de plein air qui s’effectue à pied en suivant un itinéraire, balisé ou non, seul ou en groupe ; à la fois un loisir de découverte et une forme d’exercice physique, facilement accessible et praticable« .

Et une randonnée thérapeutique, qu’est-ce alors ? C’est la même chose, mais sous une approche qui peut être différente de celle pratiquée un dimanche ensoleillé en famille par exemple. On oublie la performance (peu importe le temps qu’on mettra), le côté sportif (peu importe les calories brûlées), le but à atteindre (peu importe qu’on atteigne tel col ou tel sommet), et l’exceptionnalité (peu importe le nombres d’animaux croisés, le temps qu’il a fait ou les sommets qu’on a pu admirer).

Le but est de se recentrer sur soi et de prendre conscience de ses sensations, tout en s’ouvrant aux expériences et en se reconnectant à la nature. De retrouver la simplicité d’une activité saine et apaisante.

Le plaisir d’un effort facilement accessible

Nous avons tous déjà entendu parler des bienfaits de la marche sur la santé physique. Effort simple, non traumatisant pour les articulations, il met de nombreux muscles en action, dont notre cœur.

Mais la marche est aussi excellente pour notre tête ! N’avez-vous jamais remarqué que vous avez les idées plus claires lorsque vous vous baladez ? D’ailleurs, les Grecs, dont Socrate, par exemple, enseignaient en marchant. Car le mouvement occupe le corps et libère l’esprit. Ne demandant pas beaucoup d’efforts de coordination, la marche laisse la tête s’émanciper,  explique Sophie Duméry.
Des études ont d’ailleurs montré que le simple fait de marcher 20 minutes modifie à tout age l’activité du cerveau et amène de l’équilibre dans les neurotransmetteurs, dont la fameuse dopamine qui active la communication entre les neurones.
Sophie Duméry explique encore que les afflux sensoriels apportés par la marche (les odeurs d’un bois, la beauté d’un paysage,…) sortent notre cerveau de son « hibernation ». La marche nous rappelle l’étendue de nos capacités et nous engage à une nouvelle écologie de soi. Pas besoin d’efforts de concentration et de se creuser les méninges pour réfléchir ; en marchant, tout devient clair !

De plus, la marche apporte bien-être et plaisir. Yves Paccalet, auteur du livre « Le Bonheur en marchant« , explique qu’au-delà d’un certain seuil de fatigue, le cerveau sécrète des flux d’hormones, ou endorphines, de la famille de la morphine, qui bloquent les circuits de la douleur. Non seulement la douleur disparaît, mais le cerveau est inondé par des flux de neurotransmetteurs, qui excitent les centres du plaisir. D’où l’impression du marcheur de littéralement avancer sur un petit nuage.

Marcher pour avoir le corps, le cœur et l’esprit légers.

Marcher, c’est méditer

La marche permet donc de libérer notre esprit et d’ouvrir nos sens. Si en plein travail, cet effet va nous permettre, si on sort un moment marcher dehors, de ne plus tourner en rond et de trouver de nouvelles idées, en randonnée thérapeutique, on va plutôt s’en servir pour penser à soi et pour réactiver nos propres ressources psychothérapeutiques ! Au lieu de ruminer des idées noirs ou des pensées angoissantes, on va chercher des solutions à nos problèmes, réévaluer notre vie, redéfinir nos valeurs, faire des projets,…

Mais lors d’une randonnée thérapeutique, on ne va par forcément (ou pas tout le temps) se lancer dans de grandes réflexions, car on va surtout se centrer sur l’instant présent. La marche se rapproche alors de la méditation. Un exercice de mindfulness consiste d’ailleurs à marcher en pleine conscience : très lentement, en silence, en prenant conscience de chaque mouvement. Le but est de se centrer sur soi et sur les sensations apportées par la marche. Si le rythme sera plus normal en randonnée thérapeutique, on cherchera là encore à profiter de l’instant présent. On abandonne nos angoisses, nos préoccupations, nos travaux en retard, les épreuves à venir,… pour simplement être dans l’instant présent, dans cette balade, dans la nature, dans notre corps qui bouge, dans ce moment qu’on s’est accordé.

La randonnée thérapeutique peut ainsi s’adresser à tous : aux personnes anxieuses, aux déprimés, à ceux qui veulent retrouver du temps pour soi,…

Les bienfaits du contact avec la nature

La randonnées thérapeutique permet donc de profiter de l’instant présent, de se centrer sur soi… mais aussi sur ce qui nous entoure ! Car on ne la pratique généralement pas en ville mais en pleine nature. On imagine bien qu’une balade en forêt, en campagne ou en montagne sera plus apaisante qu’au milieu de la foule et des voitures qui klaxonnent. Mais des études l’ont même montré, en mesurant par exemple le taux de cortisol (hormone du stress) de marcheurs en ville et de marcheurs en forêt, montrant que celui des premiers était plus élevé que celui des seconds (Park et al., 2007).
Sandra Whitehouse (2001) a quant à elle montré que la présence d’un jardin avec arbres au sein d’une structure hospitalière avait des effets positifs de réduction de l’anxiété chez ses visiteurs. La nature a donc elle-même un effet apaisant.

A lire : Pourquoi la nature nous fait du bien, de Nicolas Guéguen et Sébastien Meineri

Lors d’une randonnée thérapeutique, on va chercher à prendre conscience de tout ce qui nous entoure, sans forcément juger. On ne va pas chercher le spectaculaire en partant voir le Mont-Blanc ou l’Everest, mais simplement porter son attention sur les arbres, les fleurs, les montagnes,… Voir, mais aussi sentir, toucher,… renouer avec ses sens, avec des sensations plaisantes trop souvent perçues comme banales et oubliées (nous nous attachons plus aux sensations désagréables, comme nos stress et nos douleurs corporels !).

L’écopsychologue Jean-Pierre Le Danf va plus loin, affirmant que nous avons tendance à nous culpabiliser de nous sentir inadaptés dans notre vie, alors que ce sont nos conditions de vie qui deviennent anormales. L’écopsychologie postule en effet que le monde extérieur que nous construisons est le reflet de nos mondes intérieurs, que ses désordres sont les nôtres, et dans l’autre sens que l’enlaidissement de notre environnement jouerait un rôle dans nos dépressions, anxiétés, pertes de sens,… Inversement, renouer avec la nature permettrait de renouer avec notre essence, nos origines, notre état naturel de bien-être.

En conclusion, la randonnée thérapeutique permet d’atteindre un état contemplatif de soi et de notre environnement naturel, dans la simplicité et l’apaisement du mouvement.

Vous pouvez maintenant profiter des bienfaits d’une randonnée thérapeutique organisée dans la vallée de la Vésubie !