Elodie Lafay psychologue

au Centre Thérapeutique de Nice


La course à pied contre le stress et la dépression

Nous connaissons tous les effets positifs du sport sur la santé physique : gestion du poids, amélioration du rythme cardiaque, de la tension, du sommeil, etc.

Mais le sport a aussi de nombreux effets bénéfiques sur la santé mentale. Et, si c’est à chacun de trouver le sport qui lui convient et qui lui plait, nous allons ici nous pencher sur le cas particulier de la course à pied. Pourquoi ce sport ? Parce que je le pratique et en ressens les bienfaits dans ma propre vie. Mais aussi parce qu’il est un sport à portée de tous et qui réunit tous les bienfaits que peut avoir l’activité physique sur l’humeur et la gestion du stress.

De nombreuses études ont déjà prouvé les effets de la course à pied sur la dépression. Une étude a par exemple montré, en 2000, que le jogging était aussi efficace au bout de 4 mois sur les symptômes dépressifs que ceux d’un antidépresseur, et qu’au bout d’un an, 92% des personnes qui courraient étaient toujours bien, alors que plus d’un tiers de ceux qui prenaient l’antidépresseur avaient rechuté.

Mais courir n’est pas bon que pour le moral. Des études ont montré qu’il est aussi excellent de courrir pour lutter contre l’anxiété.

Pourquoi et comment la course à pied agit-elle sur notre humeur et notre niveau de stress ?

Premièrement, grâce à son action sur les hormones. En effet, l’effort physique libère des endorphines, des molécules qui amène un sentiment euphorisant, un sentiment de fatigue positive et de bien-être. Ce phénomène n’est pas propre à la course à pied, mais à tout effort cardiaque. Cependant l’effet n’apparaît qu’au bout d’au moins 30 minutes d’effort (mais se prolonge jusqu’à 6h après celui-ci !). D’autres hormones sont libérées par la pratique du sport, comme la sérotonine, qui joue un rôle positif sur l’humeur (c’est d’ailleurs sur cette hormone qu’agissent les antidépresseurs), et les cannabinoïdes et PEA, qui procurent un effet de bien-être, d’analgésie (diminution de la sensibilité à la douleur) et de calme.

Deuxièmement, grâce à son action sur les capacités cognitives. En effet, courir permet l’amélioration de la mémoire, de la capacité de concentration et de l’habileté à faire deux choses simultanément, grâce au stockage d’énergie que l’activité engendre notamment dans le cerveau. Il est ainsi plus facile d’analyser ses problèmes et de trouver des solutions. On dit d’ailleurs souvent qu’on est plus efficace dans son travail ou dans ses études après une séance de sport. Et les coureurs ressentent cette effet pendant l’activité. Si un problème nous tracasse et nous fait ruminer quand on est posé chez soi, la solution surgit quand on y pense en courant ! Ce d’autant plus que courir permet de se centrer sur soi. On peut penser tout en courant puisque le mouvement ne nécessite qu’on se concentre dessus.

Troisièmement, l’effort et la fatigue qu’il engendre permet de mieux gérer son énergie et son sommeil. Alors qu’une personne déprimée ressent une fatigue négative, une personne sportive ressent une fatigue positive. De plus, le couché est souvent une période durant lesquelles les pensées négatives surgissent, pouvant entraîner des insomnies. Les personnes anxieuses, elles, auront plus tendance à se réveiller tôt ou même en pleine nuit à cause de leur stress. Mais si le corps a été fatigué par un effort sportif dans la journée, le besoin de se reposer et de dormir va prendre le dessus ! La course à pied agit aussi sur le rythme cardiaque en le ralentissant, ce qui va contrebalancer les effets de l’anxiété qui augmente, elle, le rythme cardiaque.

Quatrièmement, la course à pied permet d’avoir une image positive de soi. Elle permet de gérer son poids et sa silhouette, et donc de se sentir plus beau/belle, plus attirant(e). Mais aussi de se sentir plus tonique, plus fort, de se sentir donc mieux dans son corps et d’en être tout simplement content. Elle permet de se sentir en forme, donne moins d’inquiétude à propos de sa santé. Quand on court, et quand on progresse, on se sent fier, on gagne en confiance en soi. On se félicite de l’effort accomplie, on se sent satisfait, à la hauteur. On dit d’ailleurs qu’on « donne le meilleur de soi-même ».

Cinquièmement, on gagne en mental. Au-delà du sentiment de fierté dans le progrès et dans la persévération, quand on court, et surtout quand on participe à des courses longues ou intenses, on doit faire face à des douleurs, à des doutes, à des moments de fatigue (voir à d’autres obstacles comme des montées difficiles en trail, la pluie, passer plusieurs nuits en ultra-trail,…), etc, franchir ses obstacles, continuer, persévérer, aller au bout de l’objectif fixé, nous aide mentalement à franchir les obstacles que l’on rencontre dans la vie et à atteindre nos buts. Quand on est capable d’aller au bout de plus de 100km de course, qu’est-ce qui pourrait être nous insurmontable dans la vie ?

Si certains pourraient demander ce que les coureurs cherchent à fuir, on peut aussi se demander ce qu’ils poursuivent, ce qu’ils cherchent à atteindre…

Bien sûr, à ce niveau, on ne parle plus de simples joggings pour être mieux dans son corps et dans sa tête, mais par la poursuite d’une passion. Si celle-ci peut devenir dangereuse (addiction entraînant isolement social, problèmes physiques, perte de confiance si on devient trop exigent avec soi-même), et qu’il faut donc faire attention à la place qu’on lui donne (= trouver le bon équilibre), elle peut aussi apporter d’autres effets bénéfiques dans sa vie : elle donne un but, permet de rencontrer des gens qui partagent le même intérêt (en s’inscrivant dans un club, en participant à des courses), participe à son identité (on est « un(e) traileur(se) » par exemple), des choses que l’on perd quand on déprime.

Si on pratique le trail running (courir dans les sentiers, le plus souvent en montagne avec donc des montées et des descentes), on a en plus la satisfaction de découvrir de nouveaux paysages. En courant dans la nature, d’autres sensations apparaissent, comme celle de liberté, de s’évader, de s’amuser (dans des descentes en trail).

Mais qu’elle soit un loisir ou une passion, dans tous les cas, la course à pied reste un moyen de se changer les idées, d’échanger avec les autres quand on le pratique en groupe, de se donner du temps pour soi et de « s’aérer l’esprit ». Elle nous permet de renouer avec l’enfant qui est en nous, sans contrainte, qui n’aspire qu’à s’amuser en toute liberté.